Pourquoi le Puy Mary ?
Lorsque j’étais petit, j’ai beaucoup roulé avec mes grand-parents dans le Massif Central. A 18 ans, j’ai traversé la chaîne des volcans d’Auvergne à pieds et j’en ai gardé un très bon souvenirs.

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Premier jour :

5h50 : je n’avais pas mis mon réveil à sonner hier soir et comme le sommeil s’enfuit, j’en profite pour m’étirer et m’habiller tranquillement. Il est 7h30 lorsque j’enfourche  mon vélo et moins d’un kilomètre plus tard, je me rend compte que j’ai oublié mon antivol. Habituellement, il me sert à attacher mon vélo lorsque je vais faire les magasins mais ce ne sera pas le cas pour ce périple où j’ai tout misé sur l’autonomie ; en tout, deux semaines de vivre dans mes sacoches en plus de ma popote, mes habits et mon matériel de bivouac.

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En temps normal, je pars avec mes cartes papiers et un carnet où est noté mon itinéraire mais ce coup-ci, je mise tout sur mon GPS. Sur de petits tracés, j’ai remarqué que le GPS me permettait de découvrir de nouveaux sentiers mais sur un long tracé, étant donné qu’il n’a pas de fond de carte, allait-il me guider correctement ?

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J’emprunte la voie verte qui démarre à seulement 10 kilomètres de chez moi et qui me mène directement à Chateaubriant. Ensuite, j’emprunte un dédale de petites routes jusqu’à Anetz en passant par les marais d’Ancenis mais c’est incroyable le nombre de voitures que l’on peut croiser dans ces marais. Que viennent faire tous ces automobilistes sur ces petites routes où l’on ne passe pas à deux de front ???

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A partir de là, je suis la Loire jusqu’à Ingrandes pour aller ensuite me perdre dans le pays des Mauges (ça monte et ça descend ce qui me donne un aperçu de ce qui m’attendra plus tard).

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Il ne manque que la parole à mon GPS car, en plein descente, je devais tourner à gauche mais je n’ai entendu le bip que bien trop tard, quand j’entamais la côte et je n’ai pas voulu couper mon effort. Arrivée en haut, je me retrouve face à une chapelle, Notre Dame de Charité, qui porte bien son nom. Il y a tout ce dont un cyclocampeur averti comme moi attend d’un tel lieu ; des tables de pique-nique, un point d’eau et des toilettes. De cet endroit démarre un chemin qui mène tout droit à Chalonnes sur Loire.

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La nuit a déjà envahi le paysage et je n’ai que 150 km au compteur. Je vois mon objectif de rouler 200 à 250 kilomètres les premiers jours pour rejoindre les montagnes se noyer dans l’obscurité. Je me demande si rouler aussi chargé avec une côte cassée n’influerait pas sur ma mauvaise performance mais l’urgence du moment est de trouver un bivouac où passer le reste de la nuit. Je suis le Layon jusqu’à Rablais sur Layon pour enfin y accrocher mon hamac et me glisser dans mon sac de couchage.
Km 175 :
Arrivée de nuit sur mon premier bivouac, je ne retiendrai que le carillon du clocher de Rablay sur Layon. J’y retournerai dans un prochain voyage pour enfin mettre une forme sur ce clocher qui a bercé ma nuit avec son joli carillon. Malgré tout, ma nuit fut mouvementée. A 1h15, j’entends la voix d’une personne mais il n’y avait personne. Un rêve ??? A partir de 3 heures les arbres se sont mis à imité la pluie avec leur feuillage, certainement pour m’avertir que le brouillard tombait et que je risquais de finir trempé. A 5 heures, une goutte d’eau reçu sur le visage me réveille à nouveau. Certainement une goutte qui s’est formé sur une feuille avec le brouillard et qui a fini par me tomber dessus (les arbres m’avait prévenu). J’ai froid aux pieds, j’en profite pour mettre mes chaussettes. Une heure plus tard, ce sont les voitures qui me réveillent et je me lève finalement à 7 heures.

Deuxième jour :

Comme souvent quand je voyage, mes deuxièmes journées sont laborieuses. Le corps doit se remettre en route, le mental doit trouver les bonnes connexions et je dois gérer l’effort au mieux.

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Donc, comme à son habitude, je me demande ce que je fais à souffrir sur une selle de vélo mal réglée (j’ai malheureusement oublié la clef pour la régler) alors que j’aurais très bien pu méditer dans mon grand jardin, malheureusement pas assez grand pour mes trois femmes qui aiment venir me poser des questions au milieu de ma méditation.

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Je commence par les coteaux du Layon dans le brouillard, cela semble magnifique mais il faudra que j’y retourne par beau temps. J’enchaîne avec les coteaux du pays de Saumur, là encore dans le brouillard mais en haut des coteaux, on aperçoit un paysage magnifique et comme pour tous les coteaux, ce sont des montagnes russes. Enfin, j’arrive dans le pays Loudunais. Par endroit, c’est un désert mais plus on s’approche de Loudun et plus c’est vallonné avec une vue exceptionnelle sur la vallée de la Loire (et la Loire elle-même ainsi que la centrale nucléaire de Chinon).

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A Loudun, je me dirige vers la ligne verte en me disant que je dormirai à proximité de Berthegon mais je vais pousser jusqu’à Lencloître. Sur la ligne verte, je m’arrête observer un groupe gonfler une montgolfière mais là encore, je file car la montgolfière est crevée et ils doivent la dégonfler pour la réparer. A Lencloître, j’installe mon bivouac dans un bois derrière le cimetière.

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KM 181
Je dors mieux que la nuit précédente mais je dois encore améliorer mon bivouac. J’ai la visite d’un chevreuil dans la soirée qui s’est longuement demandé ce que je pouvais faire ici. Un autre visiteur est venu squatter sous mon tarp, un moustique. Même s’il ne m’a pas piqué, le bruissement de ses ailes altéra sensiblement mon sommeil.

Troisième jour :

Je me lève à 7 heures alors que j’aurais bien voulu rester plus longtemps à dormir mais le sommeil s’en était allé et il fallait que je fasse un brin de toilette avant de repartir pour chasser les sueurs nocturnes, petit-déjeuner et à 8 heures sur le vélo en direction de la Vienne. Je plonge à nouveau dans le brouillard et lorsque je monte sur les hauteurs, je peux admirer une mer blanche recouvrir en grande partie le paysage.

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Mais, une route barrée me fait quitter le tracé de mon GPS. Sans carte, me voilà parti à l’aventure sur les routes de la Vienne n’essayant même pas de retrouver ma trace GPS, le moral a fuit certainement de l’autre côté.

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Je voulais découvrir une nouvelle voie verte mais l’envie n’est plus au rendez-vous, je me demande même pourquoi je suis là. Je m’arrête à Dissay, mange un peu, découvre des toilettes sèche et allez savoir pourquoi, elle donne envie de continuer surtout qu’à côté, une piste cyclable m’invite à l’emprunter. Je suis curieux de nature alors je vais voir où elle mène.

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Elle suit le Clain puis m’offre en fond le Futuroscope pour finalement déboucher sur une 4 voies. Je traverse et prends une route que j’ai déjà utilisé deux fois cette année.

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Je découvre enfin le village de Bonnes sur les bords de la Vienne et emprunte la petite route qui serpente jusqu’à Chauvigny. Après une petite pause photo, je quitte la Vienne pour me diriger vers la Gartempe que je rejoins à la cité du livre, Montmorillon.

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Je réfléchis beaucoup lorsque je pédale et là, je venais de prendre une décision importante, j’abandonnais mon parcours initial, j’abandonnais mon assaut du Puy Mary.

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Lorsque je suis parti de chez moi, j’ai emprunté voie verte, chemins et petites routes. J’étais absorbé par ma navigation et le pilotage de mon vélo. A partir du moment où j’ai décidé de changer d’itinéraire, j’ai emprunté des routes plus roulante où l’ennui arrive vite.

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Dans ces moments là, mon cerveau s’occupe comme il peut. Il ressasse des souvenirs, invente des histoires, refait le monde, améliore mon quotidien mais quand une petite déprime s’installe, il passe des messages aux muscles de tout le corps et le voyage devient souffrance. Ma décision était prise, j’allais dormir sur les rives du lac de Saint Pardoux, un lieu chargé de souvenirs et j’y passerai une journée de repos pour me ressourcer.

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Lorsque j’arrive sur les rives du lac, il fait noir mais, chose étrange, la lune ne se reflète pas sur ses eaux noires. Il n’y a pas de pêcheurs, pas de camping-car. Je suis seul. J’en profite pour me laver, manger et installer mon bivouac. Le matin, un brouillard très épais m’enveloppe. Des gouttes tombent comme s’il pleuvait. Je me rapproche du lac et, misère, il est vide !

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KM 420
J’ai décidé d’améliorer mon bivouac. Je suis parti avec un sac couchage, un tarp qui n’est autre qu’une bâche de 2 mètres sur 3 et une couverture de survie. J’installe mon hamac, le recouvre de la couverture de survie que j’attache au niveau des pieds avec le lien du hamac et lie les pans de la couverture qui pendent entre eux avec des épingles à linge, de sorte que la couverture de survie puisse coulisser comme une chaussette sur une jambe. Je garde la bâche au cas où il pleut, j’ai un peu la flemme de l’installer.
Ma chaussette de survie me permet de m’endormir avec des étoiles plein les yeux et je la remonte juste avant l’endormissement. De plus, comme j’ai un hamac en toile de parachute, le froid a tendance à passer et me glacer le dos. Dans cette configuration, je reste au chaud et protéger du vent et des courants d’air froid.

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Quatrième jour :

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Je voulais mettre ce jour à profit pour faire ma petite lessive et me reposer mais le brouillard est si dense et l’humidité tellement abondante que je préfère prendre la route en direction de la côte à travers les petites routes pittoresques de Haute-Vienne, je gravis même les Cieux !!! (Cieux, commune de Haute-Vienne)

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Midi venu, je prépare mon déjeuner dans un sous-bois à l’abri du vent et de la pluie fine.

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Le problème lorsqu’on navigue à l’instinct, c’est qu’il arrive que nous nous trompions de route aussi, en voulant passer par Saint Jean d’Angély avant de rejoindre une voie verte où j’aurais pu dormir et qui me rapprochait de la Vélodyssée, j’ai filé trop avant et me suis retrouvé à Chef-Boutonne.

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J’y connais certaines des routes et du coup, je roule dans une nuit profonde et sous un ciel étoilé à travers le sud de la campagne des Deux Sèvres avant de rejoindre la Charente maritime. Je n’ai toujours pas envie de dormir pourtant la nuit avance.

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Finalement, je décide de trouver un lieu où bivouaquer pour profiter de la journée du lendemain où je devrais atteindre l’océan. 4 essais sont nécessaires avant que je tombe sur ce petit lavoir à l’abri des regards. Je m’y engouffre, sors mon sac de couchage et me glisse dedans. Erreur impardonnable, je ne me suis pas ni déshabillé ni lavé. En itinérance, ça ne pardonne pas. J’ai froid alors que je suis bien abrité et je ne peux pas dormir. 4 heures plus tard, je décide de remonter sur mon vélo et de continuer ma route. Je vais voir un ami sur l’île de Ré, j’y prendrais une douche.

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KM 603
Après avoir essayé de m’arrêter dans une aire de repos où des chiens n’arrêtaient pas d’aboyer, essayé un petit bois avant de me rendre compte qu’il y avait un parking pour chasseurs juste à côté et ne voulant pas me faire réveiller par ce genre d’énergumène, voulu m’arrêter dans un charmant petit endroit mais qui empestait les pesticides, j’ai trouvé ce petit lavoir, juste à côté d’une aire de repos éclairé, près de Saint Félix. Le lavoir étant en retrait, il était dans l’obscurité et surtout bien sec. Si je n’avais pas été aussi prompt à vouloir m’endormir, je ne serais pas reparti de ce lieu à 4h50 le matin.

Cinquième jour :

La délivrance arrive avec le levé du soleil.

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L’océan m’invite à le rejoindre en me faisant respirer son iode bienfaisante.

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Je longe tranquillement jusqu’à La Rochelle puis prends la direction du pont de l’île de Ré.

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J’y arrive en même temps que le pote que je vais visité. Nous déjeunons sur la plage avant de prendre les pistes cyclables qui nous mènent jusque chez lui.

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La nuit venue, après une bonne douche et une bonne bouffe, nous sommes sortis humer l’air marin et compter les étoiles filantes qui étaient au programme avant d’aller se coucher.
Mine de rien, j’ai fait 700 km pour aller voir un pote qui habite à 250 bornes de chez moi …

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Sixième jour :

Nous roulons plus à l’ouest de l’île histoire de la parcourir en entier. Nous prenons des cyclistes en chasse et, je crève. Le copain est heureux que ce soit à moi que ça arrive pour une fois. J’aurais vraiment pu éviter cette crevaison en plus. Elle est arrivée à cause d’un mauvais montage de ma part et il y avait un pli dans la chambre à air qui, avec les kilomètres et la vitesse, l’ont usée au point de se déchirer. Je répare et nous repartons. Le reste de la journée sera tranquille avec une petite visite de Loix à pieds.

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Ce que je retiens de l’île de Ré, c’est que c’est un paradis pour touristes cyclistes ; il y a des pistes cyclables partout. Malgré tout, ça reste axé sur l’automobile et la consommation. Les maisons de bourges sont très mal isolées et l’écologie, je ne sais même pas s’ils connaissent ce mot,

Septième jour :

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J’entame mon retour avec un vent à décorner les bœufs. Je grignote plus que je ne mange toutes les heures environs.

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Je rencontre un couple de femmes avec une fillette de 10 – 11 ans qui remonte la vélodyssée jusqu’à Roscoff pour y prendre le ferry pour l’Angleterre. Elles ont de superbes peau de mouton que j’aurais aimé avoir par ce temps frais et venteux. Je leur indique la route pour aller en direction des Sable d’Olonne et je file à travers le marais poitevin. Je traverse ensuite la Vendée avec un mince espoir d’attraper le dernier bac pour traverser la Loire.

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Finalement, je m’arrête dans un bois proche de Saint Mars de Coutais. J’y passe une nuit tranquille avant de me faire réveiller par les chasseurs une heure avant le levé du soleil. Ils canardent à tout va jusqu’à ce que la lumière du jour fasse son apparition. En pleine période de migration et juste à côté du lac de Grand-Lieu, je plains tous ces volatiles.

Huitième jour :

Après un réveil en fanfare, je reprends la route en direction du Pellerin. Je passe sur des chemins qui m’amène jusqu’à l’Acheneau, un cours d’eau qui coule dans les deux sens suivant les besoins du lac de Grand-Lieu ou pour désengorger la campagne lors de crue. Malgré une autre déviation, j’arrive au bac et traverse la Loire en direction de Couëron.

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Ensuite, c’est la route du retour au bercail. Je suis pressé de rentrer mon retrouver le confort de ma maison mais je ne dois pas non plus abusé de mes forces alors je fais des pauses régulières et roule à vitesse modérée. Je fais la rencontre d’un homme qui a l’habitude de passer ses vacances aux Angles dans les Pyrénées. A la fin de l’été, il a acheté un VTT électrique à l’agence de location car, comme il m’explique, ils achètent des vélos neufs avant les vacances et les revendent à la fin de la saison. Son VTT n’a que 400 km et il va lui permettre d’aller gravir les sentiers montagneux plus facilement.

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Enfin chez moi et je ne compte pas repartir avant un moment. Ce voyage, même si j’ai découvert des nouveaux endroits, ne m’a pas apporté ce que j’attendais. Je ne l’ai pas apprécié à sa juste valeur. J’y ai connu moins de galères que lors de mes précédents voyages et pourtant, l’envie de rouler n’a jamais été au rendez-vous.