Jeudi 22 octobre, 9h, il pleuvait. Météo France était toujours aussi peu fiable. J'hésitais, je tournais en rond et, finalement, je décidais de partir. Il était 10h lorsque j'enfourchais mon vélo pour rentrer. Il ne devait ni pleuvoir ni venter. La pluie s'invita à la fête et le vent décidait qu'il ne m'aiderait pas dans mon initiative de rentrer le plus vite possible mais en plus, il faisait tout pour me retenir.

Pour éviter le flot de véhicules des grandes routes que j'avais pris à l'aller de nuit, je décidais de partir à travers les côteaux de la Loire pour atteindre son rivage le plus vite possible. Billy, Méhers, Couddes, Choussy, Pontlevoy, Vallières-les-Grandes, le nez dans le guidon en entamant sévèrement mes réserves, il ne me restait que quelques kilomètres pour rejoindre les bords de Loire à Mosnes et je faisais ma première pause. Un ou deux biscuits à la figue, quelques gorgées de ma boisson de l'effort et je reprenais ma route. A Mosnes, la pluie avait presque disparu et le vent ne semblait pas pouvoir atteindre la D751. J'en profitais pour rouler à bonne allure jusqu'à Amboise et, magré un chrono qui dépassait tout juste les 25 km/h de moyenne pour 80 kù, je dus refaire le plein de mes bidons.

"Jamais je ne rentrerai, me disai-je."

80 km à cette allure et contre le vent, la machine (mon corps) allait finir par craquer. Il fallu attendre le 268ème km pour cela.

Amboise-Tours en mode automatique, j'appuyais seulement sur les pédales pour continuer d'avancer, les bras sur le guidon triathlon, me mettant de temps à autre en danseuse pour diminuer les bobos au fessier. Arrivée à Tours, déviation. Je n'allais plus avoir la Loire à mes côtés. J'entrais dans la ville avec son flot de véhicules enragés. Après quelques courses avec des conducteurs qui ne comprenaient pas qu'un vélo était bien plus rapide qu'eux en ville, je finissais par trouver la petite rue qui m'emmenait vers Berthenay. J'aurais pu filer jusqu'au bout de la route pour découvrir le Cher se jetter dans la Loire mais je préférais bifurquer sur Savonnières et, après un passage infructueux sur "la Loire à vélo", reprendre la D7.

Rigny-Ussé, je m'y arrêtais pour faire le plein et manger.

Petite anecdote : un homme agé va aux toilettes, fait son affaire et retourne dans sa voiture où sa femme l'attend. Tout heureux, il lui raconte que je suis en train de jouer au  petit chimiste en préparant mes bidons et sa femme lui rabat très vite son caquet en lui disant que ce n'est sûrement que de la poudre acheter dans le commerce que je mélange à l'eau. (Pauvre homme !)

Au moment où il est passé, je mélangeais du bicarbonate de sodium et du sucre dans mes bidons pour être sûr d'aller assez loin avant de m'effondrer. (Oui, monsieur, je jouais au petit chimiste.)

A partir de là, j'allais remettre le nez dans le guidon, passer devant la centrale nucléaire de Chinon à l'heure de la débauche, (je n'ai pas vu Homer Simpsons) et même traverser Saumur presque sans encombre (hormis un petit détour d'un kilomètre). J'allais traverser la Loire à Saint Rémy la Varenne et reprendre la même route qu'à l'aller, sans le détour de 10 km.

Km 268, le compteur affichait encore 25 km/h de moyenne. J'étais fier de moi mais c'était aussi le début de la fin. Ici, à Chazé sur Argos, commençait un retour au-delà de mes forces. Je pris mon temps pour manger et me reposer mais avant de repartir, il apparu, brillant de mille feux. Un cycliste arrivait au même moment que 22 heures sonnaient. Au moins six phares éclairaient l'avant de son vélo. Lui-même était recouvert de la tête au pied de jaune réfléchissant; celui qui ne le voyait pas était aveugle.

Le monsieur avait 66 ans et revenait de Segré où il avait rempli deux caisses de provisions. Il était à bout de souffle mais lui, il arrrivait chez lui alors qu'il me restait 90 km à parcourir. Après m'avoir raconté ses déboires avec son voisin, qu'il avait appelé les flics qui lui ont fait enlever sa voiture en panne, nous nous saluâmes et je repris ma route.

Je réussis à rallier Louisfert, à la manière d'un zombie à vélo et en faisant très peu de pause et je décidais, à ce moment, de prendre la nationale pour pouvoir continuer en mode automatique. Je n'atteignais pas Lusanger. Je dus m'arrêter un ou deux kilomètres avant pour me soulager, manger et essayer de me réveiller. Je regardais l'heure et me disais que si je rentrais avant une heure du matin, j'aurais une bonne nuit et j'aurais réussi à rouler 360 km en 15 heures. Je repris la route. Sur le plat, j'avançais bien mais le plat ne dura pas et plus je m'approchais de mon but et plus il y avait de dénivelés.

Grand-Fougeray, je m'arrêtais aux toilettes, à côté de l'église. Le coeur s'affolait. La température de mon corps s'élevait dangereusement. A ce moment, je me serais bien allongé sur ce petit muret où j'avais apposé mon vélo mais j'eus peur que la mousse humide, qui s'étendait sur le muret, ne rende le reste de mon voyage encore plus pénible qu'il ne l'était. Il ne me restait que 30 km ...

Je repartais pour la partie finale de mon périple. Je ne sais plus comment le vélo avançait mais les roues tournaient; très lentement dans les montées et un peu plus vite dans les descentes, dans lesquelles je freinais car j'avais beaucoup de mal à garder le vélo droit et en équilibre. Je ne sais plus si j'avais mal mais je souffrais et finalement, j'arrivais, anonyme, dans cette nuit où tout le monde dormait. Il était 3h du matin, je n'avais qu'une envie, dormir mais je rangeais un peu mes affaires, mangea, me déshaltéra avant d'aller me coucher.

Conclusion en chiffre :

360 km en 17h soit 21 km/h de moyenne

Sur le compteur s'affichait :

360,94 km pour une moyenne de 23,8 km/h et mon record, 25 km/h pendant 268 km.