Après deux essais infructueux, je décidais de partir rendre visite à ma cousine en mode léger, avec mon dernier V.T.T. aménagé pour l'occasion; sacoche sur porte-bagage extensible à 11 litres, sacoche triangle pour les outils et trois portes bidons.

100_0041Après avoir déjeuné, je finissais les préparations, ma concentration et enfourchais mon vélo. Je profitais des premiers kilomètres pour me chauffer les muscles, mon objectif étant de tenir 22,5 km/h de moyenne sur le compteur pour parcourir les 360 kilomètres qui me séparaient de Romorantin à une moyenne réelle de 20 km/h. Le chrono montait progressivement, jusqu'à 24,6 km/h; une moyenne que je tenais jusqu'au km 202.

Le début de mon parcours se déroula sans encombre. J'ai même pris une heure d'avance sur mon horaire planifié, ce qui me valu d'observer un magnifique soleil rouge dans mon rétroviseur à mon arrivée au Lion d'Angers. Je m'arrêtais 4 kilomètres plus loin, à Grez-Neuville, pour m'équiper d'un gilet jaune, allumer mes lumières, ravitailler et attaquer la nuit qui n'allait plus tarder. J'appréhendais les collines , entre la Mayenne et la Sarthe, qui m'avaient fait tant souffrir lors de mon passage précédent avec mon KMX (tricycle couché). Malgré la nuit, je me surpris de la facilité avec laquelle je pédalais mais, mon assurance fut mis à mal lorsque je me trompais de direction, rallongeant par la même occasion, mon parcours d'une dizaine de kilomètres. Je réussissais malgré tout à atteindre la Loire dans les temps que je m'étais impartis.

J'aimais rouler le long de la Loire mais, ma lumière arrière s'affaiblissant, je décidais de m'arrêter pour en changer les piles. Comble de malchance, mes piles de rechange étaient déchargeaient et je perdais la vis de fixation de ma lumière; je dûs prendre sur moi pour garder mon calme pendant les dix à quinze minutes qu'il me fallu pour la retrouver. Je repartais enfin, le plus sereinement possible, pour avaler les kilomètres avant ma prochaine halte. Régulièrement, je regardais si ma lumière arrière fonctionnait encore. Par chance, la rive Nord de la Loire était fermée à la circulation pour travaux, ce qui me permis de rouler sans voiture (ou presque) jusqu'à Saumur. Une dernière pause et je traversais la Loire, la fatigue me gagnant peu à peu.

Enfin, j'arrivais à Savigny-en-Véron. J'allais pouvoir remplir mes bidons mais, par malchance, le robinet qui me fournissait l'eau de mes précédents voyages était démonté. Je remontais en selle le moral en berne et lorsque j'aperçus l'église, je me rappelais qu'il y avait souvent des toilettes à côtés. La chance me souriait. Je pus faire le plein d'eau et repartir à l'assaut de mes démons dont l'un, se prénommait "Indre".

L'Indre, cette rivière qui se jetait dans la Loire, m'intima maintes fois l'ordre de faire demi-tour. Il réitéra sa supplique mais je ne pouvais pas, je ne pouvais plus courber l'échine alors je continuais. Le froid et la fatigue se mêlaient à la bataille me forçant à m'arrêter fréquemment avant d'enfourcher de nouveau ma monture et de m'enfoncer vers l'inconnu.

J'avais suivi l'Indre sur des kilomètres, bataillant à corps perdu pour gagner mon défi mais c'est le Cher qui me fit mettre un genou à terre; à Athée-sur-Cher, je m'allongeais sur un banc et m'endormi. J'avais roulé toute la nuit et malgré ce repos de quinze à vingt minutes, à Montrichard, c'est un soleil levant qui me vit dormir sur un autre banc public. Le but se rapprochait. Je ne pouvais plus faire demi-tour. Mes provisions diminuaient et, lorsque je m'arrêtais pour regarder une dernière fois ma carte, je remarquais que je n'étais pas le seul breton à être passé par là; un fanion breton gisait sur le bas côté, m'indiquant certainement que ma route bifurquait à cet endroit. J'ai suivi ce signe et , malgré le manque d'indication, il s'avérait que j'avais pris la bonne route. Environ trente kilomètres plus loin, à onze heures, j'atteignais mon but. J'avais rallié Bruc sur Aff à Romorantin-Lanthenay, après avoir parcouru 370 kilomètres en 21 heures. Je venais de vaincre mes démons.

 

En chiffres :

Départ de Bruc sur Aff à 14h le 20 octobre 2015

Arrivée à Romorantin-Lanthenay à 11h le 21 octobre 2015

Sur le compteur, je pouvais lire 369,87 km pour 21,8 km/h de moyenne

Ma moyenne réelle étant de 17,62 km/h